L'extrême droite aux portes du pouvoir en Allemagne
La victoire électorale de l’AFD, le 6 septembre dernier dans le Land de Saxe – Anhalt, constitue un sérieux avertissement pour les élections présidentielles françaises de 2027
Le parti d’extrême - droite « Alternative pour l’Allemagne » (AFD) a enregistré depuis sa création en 2013, son meilleur score, dimanche 6 septembre, en Saxe – Anhalt, l’un de cinq anciens Länder de l’ex RDA, fort de 2,1 millions d’habitants, situé au cœur de la Prusse historique, avec près de 44% des voix, tandis que la CDU qui gouvernait ce Land s’est effondrée dans le contexte d’un taux de participation record de 77,8%.
Dans ce Land considéré comme l’un des plus pauvres d’Allemagne, le parti d’extrême - droite a surfé sur le sentiment de déclassement des « Ossis » (habitants de l'ex Allemagne de l'Est), la peur d’une dilution de l’identité allemande, les dégâts occasionnés par la politique néo-libérale, et également sur le talent du communicateur et la maîtrise des réseaux sociaux d’Ulrich Siegmund, le responsable local de l’AFD.
Le danger dépasse largement les frontières de la Saxe - Anhalt, avec la perspective de deux autres scrutins à risque, le 20 septembre, respectivement dans les Länder du Mecklembourg - Poméranie - Occidentale qui borde la Baltique et de Berlin, l’une des trois cités - Etats. Depuis que l’AFD est montée en puissance (lors des dernières élections du 23 février, l’AFD est devenu la seconde force politique du pays avec près de 21% des suffrages exprimés et 152 députés sur 630 au Bundestag), chaque élection régionale a acquis une dimension politique nationale particulièrement marquée.
Les Länder, à l’inverse des régions françaises, constituent de véritables Etats autonomes dotés d’un propre gouvernement, de propres assemblées (Landtag) et de larges compétences (sécurité intérieure, et police, environnement, éducation et enseignement supérieur, culture, santé, aides sociales, politique d’immigration, …) dans tous les domaines que la Loi fondamentale de 1949 (équivalent de la Constitution) ne réserve pas exclusivement à l’Etat fédéral. De telles compétences peuvent agir fortement sur la vie quotidienne des habitants. Parallèlement, le pouvoir des Länder est prégnant par leur participation au processus d’élaboration des lois fédérales via la participation de leur gouvernement au Bundesrat (Chambre Haute).
L’AFD bénéficie d’une dynamique nationale, particulièrement marquée dans les Länder de l’Est qui connaissent un retard de développement économique malgré les aides massives qui ont accompagné la réunification. La désindustrialisation, la précarisation des emplois, la suppression de services publics de proximité, le rabot des prestations sociales (réformes Hartz), les inquiétudes sur le coût de l’énergie, la défiance des « Ossis » à l’égard des partis traditionnels et le sentiment diffus d’une souveraineté écornée sont les raisons profondes du vote en faveur de l’AFD qui n’est pas étranger, au plan national, au durcissement de la politique migratoire, avec le retour des contrôles aux frontières.
Cette victoire de l’extrême - droite nous interpelle à plusieurs titres :
- Tout d’abord, se pose la question de l’effectivité du cordon sanitaire (Brandmauer), en soulignant la position ambiguë de la jeune formation BSW, issue d’une scission avec « Die Linke », prête à soutenir au cas par cas un futur gouvernement de l’AFD en Saxe - Anhalt ;
- Ensuite, le terreau sur lequel prospère l’AFD est celui des dégâts occasionnés par la politique néo - libérale transposable à l’Hexagone;
- Enfin, s'ils parviennent au pouvoir, le RN et les autres composantes de l'extrême droite française, bénéficiaires des vagues populistes mondiales, pourraient dériver rapidement vers un radicalisme tel que celui ouvertement affiché par l’AFD (Russie et la question énergétique, Ukraine, Remigration touchant tous les étra,gers, zone économique spéciale pour l’Est, …).
Pour éviter cela, un programme de rupture audacieux avec les politiques tant européennes que nationales, avec des mesures touchant le quotidien des Français, est un impératif pour répondre aux attentes de nos concitoyens, et ainsi conjurer le retour toujours possible, sur le plan politique, de la sinistre fable allemande du joueur de flûte de Hamelin, popularisée par les frères Grimm, qui a entraîné à la mort tous les enfants de cette ville de Basse-Saxe.
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