PISA 2025 : « Souriez vous êtes gérés, nous n’avons rien à nous reprocher »
Ou quand la réflexion du Ministère de l’Education Nationale se transforme en exercice de communication au service du macronisme de fin de règne.
Le 8 septembre dernier, l’OCDE rendait publics les résultats de l’enquête PISA 2025 (PISA : Programme International de Suivi des Acquis des élèves). Cette enquête, quasiment un marronnier dans le domaine de l’éducation, est une étude internationale. Elle a été créée par l’OCDE, avec une assiette bien plus large que ses seuls membres, et vise à tester les compétences des élèves de 15 ans en lecture, sciences et mathématiques. Elle se déroule tous les 3 ans depuis 2000 (exceptée une période de 4 ans entre 2018 et 2022, du fait de la pandémie COVID).
L’objectif en est de comparer, sur la durée les performances des élèves des différents pays participants (91 pays en 2025), vers la fin de leur scolarité obligatoire. Au fil des ans, l’enquête PISA est devenue un repère pour situer un système éducatif par rapport aux autres, même si d’autres mesures internationales prennent le pouls des acquis de nos élèves à différents moments du cursus scolaire. Ainsi,
- PIRLS évalue, tous les 5 ans, les acquis en lecture en CM1 (PIRLS : Progress in Reading Literacy Study)
- TIMMS évalue, tous les 5 ans également, les compétences acquises en Maths et Sciences aux niveaux CM1 et 4ème (TIMMS : Trends in International Mathematics and Science Study)
Pour revenir à PISA, il s’avère que les résultats collectés lors des évaluations menées en 2025 sont les plus faibles jamais observés, tant sur le plan international (moyenne des pays de l’OCDE), que sur le plan français. Cette baisse drastique (de 20 points en moyenne en maths et lecture sur une moyenne de 500) intervient après une baisse du même ordre déjà relevée en 2022, baisse imputée alors au traumatisme induit par l’épisode COVID. On notera que les résultats des élèves français ont suivi, durant l’ensemble de cette période la courbe tendancielle de la moyenne des pays de l’OCDE, la France se situant désormais un peu en deçà de cette moyenne.
Résultats 2025 :
- Lecture : France ; 456 points, moyenne OCDE : 461 points
- Maths : France ; 458 points, moyenne OCDE : 463 points
- Sciences : France ; 483 points, moyenne OCDE ; 482 points
Toutefois, il faut préciser ici, que l’OCDE ne représente que 38 pays sur les 91 évalués. Singapour, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud, la Chine par exemple font partie des non-membres de l’OCDE dont les systèmes éducatifs sont évalués dans l’enquête PISA. D’ailleurs Singapour et les quatre régions les plus prospères de Chine (car le pays n’est pas évalué dans sa totalité) en trustent les premières places !
Résultats 2025
- Lecture : Singapour : 535 points (1er), Chine : 527 points (2ème)
- Maths : Chine ; 612 points (1er), Singapour : 563 points (2ème)
- Sciences : Chine ; 597 points (1er), Singapour : 560 points (2ème)
On ne peut passer sous silence également, plus spécifiquement pour les élèves français deux éléments majeurs. En premier lieu le décrochage observé en mathématiques, entre 2000 et 2025 (60 points de chute en 25 ans, soit l’équivalent de trois années scolaires selon l’estimation OCDE). En second lieu, l’importante chute observée en lecture depuis 2018 (37 points de dégradation de la note en 7 ans, soit l’équivalent d’environ deux années scolaires). Deux autres spécificités françaises pour ces évaluations 2025 sont également notables, une part de plus en plus importante d’élèves en très grande difficulté (un élève sur trois contre une moyenne OCDE d’un sur cinq), et une part de moins en moins importante d’élèves très performants (4 % contre une moyenne OCDE d’environ 8%)
Alors, comment le Ministère de l’Education Nationale analyse-t-il ces faits ? Le « dossier » publié le 8 Septembre par le Ministère s’intitule « Une baisse des résultats commune à l’OCDE, un relèvement à poursuivre ». Après une présentation synthétique des résultats, ce document met principalement en parallèle la courbe descendante des résultats français avec celle de la moyenne de l’OCDE, et pointe essentiellement 3 facteurs explicatifs :
- l’exposition croissante aux écrans et aux réseaux sociaux ;
- l’utilisation du téléphone portable à des fins de loisirs au sein même des établissements ;
- le recul du suivi de la scolarité par les parents.
Sont aussi évoqués plus largement « des objectifs d’apprentissage trop peu explicites et mesurables », une relation pédagogique dans laquelle les élèves demandent trop peu d’aide et un climat scolaire dans la classe plus dégradé que dans le reste de l’OCDE.
La partie 3 du document, intitulée « un diagnostic qui conforte les priorités déjà engagées pour les élèves plus jeunes », recense ainsi pêle-mêle, parmi les mesures censées répondre à ce constat des plus alarmants :
- l’interdiction du téléphone portable au lycée (en vigueur seulement depuis cette rentrée) ;
- l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans (mesure retoquée par le Conseil constitutionnel) ;
- le dispositif « 2 heures de plus de sport au collège » ;
- la réécriture des programmes de la maternelle au collège engagée depuis 2024 ;
- l’insistance sur l’évaluation de la qualité rédactionnelle dans les épreuves d’examen ;
- le concours général du collège ;
- la nouvelle Charte parents-école ;
- la réforme de la formation initiale des enseignants
Il s’agit en fait moins d’un exercice d’analyse et de réponse argumentée que d’une opération de promotion de la quasi-totalité des mesures et mesurettes nouvelles commanditées par le Ministre actuel depuis sa prise de fonctions. La partie 4, plus prospective, est, malheureusement du même tonneau ! Au total, 7 pages sur les 17 composant ce document sont rédigées avec pour unique objectif de valoriser l’action du Ministre. Du jamais vu pour un document de ce genre, la réflexion approfondie sur les causes précises de la baisse du niveau des élèves français attendra.
Note : Bien que les évaluations PISA soient réalisées en cours d'année scolaire de seconde, soit à l'entrée au lycée, difficile de ne pas faire le lien avec la colère lycéenne qui s'exprime avec vigueur ces derniers jours. Cette colère vise essentiellement l'environnement et les conditions du travail scolaire des jeunes, et cible des enjeux connus de longue date : infrastructures vieillissantes, problèmes d'hygiène et d'entretien des locaux, organisation de la journée scolaire et du temps du midi, manque d'enseignants et professeurs non remplacés, effectifs des classes trop chargés, etc. Bien que parfaitement connues et documentées, ces problématiques n'ont pas été traitées et prises à bras le corps, que ce soit par les autorités académiques ou par les collectivités en charge. On retrouve là le même type d'attitude que celui décrit plus haut, à savoir l'absence de réponse de fond aux problèmes soulevés. Les ministres (qui se sont succédés sous Emmanuel Macron au rythme effréné de 8 en 10 ans) se semblant être là que pour occuper la scène médiatique au travers de leurs exercices de communication.
Premières propositions
Voici nos premières propositions pour reconstruire la France1. La construction européenne :...
Du rassemblement à l'éparpillement national...
On nous présente souvent le tandem Marine Le Pen – Jordan Bardella comme une évidence. L'une à...
L'Engagement devient La France Républicaine et Solidaire (LFRS)
Ce changement de nom traduit une ambition plus lisible et plus affirmée : placer la France au...
Fédéralisme et atlantisme : des visions incompatibles avec la souveraineté
La souveraineté n’est pas un slogan, mais un pouvoir : celui de décider librement de son destin...
Retraites : l’État veut agir sur ce qu’il ne contrôle pas
Les retraites que le gouvernement qualifie d’« aisées » le sont souvent grâce à leur part...
Retrouvez l'intervention de Vincent Guibert sur les réseaux sociaux
Il y a quelques semaines, l’Engagement est devenu La France Républicaine et Solidaire. ☀️Trois...