Quarante ans d’erreurs économiques : vers un nouveau modèle
La désindustrialisation française résulte de 40 ans de politique de l’offre et d’une ouverture économique sans réciprocité, et non d’un excès de protection sociale. La doctrine économique dominante ("libérer" les entreprises, réduire les coûts du travail, ouvrir les marchés et compter sur la spécialisation spontanée) a conduit à des déséquilibres majeurs : désindustrialisation, dépendances stratégiques, affaiblissement social et montée des extrêmes.
Une erreur de diagnostic. La protection sociale n’est pas en cause. Certains attribuent l’échec français à un coût du travail trop élevé. Pourtant, la concurrence déloyale (salaires bas, normes sociales et environnementales moins strictes, subventions étatiques massives dans d’autres pays) explique davantage la situation. Réduire les cotisations sociales ne suffirait pas à résoudre le problème fondamental : l’absence de réciprocité dans les échanges.
L’ouverture sans protection a affaibli L'Europe et la France. La mondialisation n’est pas le problème, mais l’absence de règles équitables l’est. En acceptant une concurrence sans protection entre systèmes économiques aux règles différentes, la France a consommé sa propre capacité productive. La désindustrialisation n’était pas une fatalité, mais le résultat de choix politiques : abandonner des filières stratégiques au nom d’une spécialisation théorique.
La protection sociale est un atout et non un frein. Contrairement aux idées reçues, la protection sociale soutient la demande intérieure : retraites, soins et allocations financent la consommation des ménages. La réduire au nom de la compétitivité risquerait d’affaiblir davantage l’économie.
Le marché ne reconstruira pas l’industrie seul. Une industrie ne naît pas spontanément : elle nécessite des investissements lourds, une stratégie publique et des engagements de long terme. Les grandes puissances (États-Unis, Chine, Allemagne) l’ont compris, mais l’Europe a souvent négligé la politique industrielle au profit d’une concurrence non régulée.
S'il fallait une preuve supplémentaire de l'échec de cette politique, les rares secteurs industriels régaliens sur lesquels l'Etat a assumé une politique de protection (des salariés, des compétences, des emplois) font aujourd'hui l'effet d'îlots de prospérité et de compétitivité, par exemple la défense, l'énergie notamment nucléaire, et quelques autres.
Cinq leviers pour retrouver notre souveraineté :
1. Aides publiques ciblées : Concentrer les subventions sur les secteurs stratégiques (chimie/pharmacie, énergie, santé, numérique, etc.) en échange d’engagements concrets (emploi, localisation, formation, reconversions, recherche).
2. Commande publique stratégique : Utiliser les dépenses de l’État pour soutenir les entreprises locales et européennes, respectueuses des normes sociales et environnementales.
3. Orientation de l’épargne : Créer des produits financiers (ex. : Livret Industrie) pour financer l’industrie française, à l'instar du CODEVI des années 1980.
4. Protection contre les pratiques déloyales : Appliquer des droits de douane, des clauses de réciprocité et des normes strictes pour équilibrer la concurrence.
5. Sensibilisation des consommateurs : Informer sur l’origine des produits et leur impact économique/environnemental pour favoriser les achats locaux ou européens.
Un changement de doctrine nécessaire Il ne s’agit pas de choisir entre marché et État, mais de combiner les deux : un marché organisé, régulé, une compétitivité équitable, un commerce international fondé sur la réciprocité, et une protection sociale efficace.
Après 40 ans de laisser-faire, il est temps de faire de la politique industrielle un outil de puissance nationale et européenne.
image générée par une IA
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