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Vincent GUIBERT
17 octobre 2026
Les "libertariens" : lorsque le dogme veut justifier la cupidité

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Les "libertariens" : lorsque le dogme veut justifier la cupidité

Ils se baptisent libertariens ou milleistes, mais partagent une même méfiance envers l’État, l’impôt et la solidarité nationale : réduire au maximum la contribution de chacun à la collectivité, au nom de la liberté individuelle.

Il y a pourtant quelque chose de singulier chez ces adeptes du chacun pour soi, instruits à l’école de la République, soignés, eux et leurs familles, par un système de santé largement financé par les prélèvements obligatoires, et qui ont grandi grâce aux infrastructures et aux services publics construits par des générations de contribuables.

Le libertarisme place la liberté individuelle et le droit de propriété au sommet de ses principes. Dans sa version radicale, il considère l’impôt comme une atteinte à la liberté et la redistribution comme une contrainte illégitime. Les milleistes, dans leur logique de réduction drastique des prélèvements, s’inscrivent dans cette même défiance envers la solidarité collective.

La liberté individuelle est une aspiration légitime. Mais qu’en est-il lorsque l’on oublie les conditions collectives qui la rendent possible ?

Car personne ne réussit dans un désert institutionnel. Le talent, le travail et l’initiative comptent, bien sûr. Mais ils s’exercent dans une société qui forme, soigne, protège, garantit les contrats et finance des infrastructures indispensables à l’activité économique.

Le paradoxe est là : profiter des bénéfices de la solidarité tout en contestant le principe même de la contribution qui la finance. À force de considérer toute redistribution comme une spoliation, on finit par transformer l’égoïsme en doctrine et l’indifférence aux plus fragiles en vertu économique.

Bien sûr, notre modèle social mérite d’être réformé, ses gaspillages combattus et sa fiscalité rendue plus juste. Mais réduire l’impôt ne fait pas disparaître les risques : cela peut simplement transférer leur coût aux familles, aux assurances privées et à ceux qui n’ont pas les moyens de se protéger.

Derrière les grands mots de liberté, de mérite et de responsabilité individuelle, ne se dissimule-t-il pas parfois quelque chose de beaucoup moins noble : la volonté de conserver toujours davantage pour soi, quitte à laisser aux autres la charge du bien commun ? Quand la défense du patrimoine devient un absolu et que toute solidarité est vécue comme une spoliation, l’idéologie devient le cheval de Troie de la cupidité et de l’égoïsme. La liberté devient alors moins un principe universel qu’un privilège que l’on entend préserver pour soi.

Au fond, la contradiction tient en une formule : privatiser les bénéfices, socialiser les existences. Conserver pour soi le maximum des fruits de la prospérité, tout en minimisant sa contribution aux conditions qui l’ont rendue possible.

On peut vouloir moins d’État. Mais prétendre ne rien devoir à la collectivité après avoir bénéficié de ses écoles, de ses hôpitaux et de ses infrastructures relève d’une singulière hypocrisie.

Car la liberté n’est pas seulement le droit de disposer de ce que l’on possède. C’est aussi la possibilité, pour celui qui tombe malade, perd son emploi ou naît dans une famille modeste, de ne pas voir son avenir condamné d’avance.

La vraie question posée aux libertariens et aux milleistes est donc simple : si chacun ne doit compter que sur lui-même, sont-ils prêts à renoncer aussi à ce que la collectivité leur apporte ?

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